Hommage au F. John Johnston.
7 juin 2000

Par le Frère Jacques d'Huiteau

2000
 43º capítulo

Frère John,

J'ai été investi de l'agréable mission de vous remercier au nom des Frères francophones.
Même si la francophonie a moins d'extension que l'anglophonie et l'hispanophonie elle recouvre des territoires et des cultures variées. Aussi ai-je sollicité les avis de Frères africains, vietnamiens, canadiens, belges, français afin que mon propos soit nourri de la réalité vécue à votre contact dans ces diverses régions. Que ressort-il de cette consultation?

D'abord vous laissez le souvenir d'un homme qui a su apprivoiser peu à peu les subtilités d'une langue qui se veut capable d'intégrer les nuances du réel au risque, diront certains, de ne plus savoir aller droit au but. Certes, comme vous l'avez dit un jour, votre accent n'est pas très parisien, mais on peut parler le français tout à fait correctement sans avoir l'accent parisien. C'est ce que je fais tous les jours.

Le plus important, et qui m'a été dit de tous côtés, c'est que vous nous êtes apparu comme un Frère à la fois compréhensif et ferme, proche des personnes que vous étiez capable de reconnaître et de nommer au premier coup d'oil, sincère et franc dans vos propos.
Votre parole n'a jamais été banale ou convenue. Vos lettres pastorales, grâce à leur style percutant et leur regard juste ont eu pour effet de provoquer chez un certain nombre d'entre nous une remise en cause ou une remise en route. Avec passion et lucidité vous avez su nous inciter à engager des combats : pour la défense des droits de l'enfant, pour les "mal pris" (en français québécois) de nos sociétés. Vous nous avez aussi provoqué à la réflexion lucide devant la situations de nos districts. Je pense en particulier à un discours prononcé en France au sujet de l'avenir de la Tutelle sur les établissements, discours qui a eu un grand retentissement et qui nourrit encore notre réflexion et notre action.

Vous avez aussi su dire des paroles d'encouragement ou même d'admiration devant ce que réalisaient des Frères. C'est ainsi que vous avez communiqué aux Frères du district Canada francophone votre enthousiasme pour la mission d'Haïti. Vous avez réconforté les Frères vietnamiens en leur montrant que la terrible épreuve subie par eux pouvait être source de créativité et de fidélité à l'intuition fondatrice.

Mais vous ne vous êtes pas contenté de parler ou d'écrire vous avez aussi agi.

Vous avez agi dans le domaine de la formation. Les Frères africains ont été particulièrement sensibles à vos efforts en faveur des noviciats, des scolasticats, du CELAF. Les Frères du Viet-Nam n'oublient pas combien votre action relayée par SECOLI a permis une aide pour le relèvement du District avec la construction du Noviciat et du scolasticat, le développement d'ouvres en faveur des enfants pauvres, le souci du recyclage sur place des Frères si longtemps coupés du reste de l'Institut.

Vous avez réagi devant des situations dramatiques comme celles du Rwanda en essayant de trouver rapidement des solutions d'urgence.

Vous vous êtes rendu sur place. Les Frères africains sont très sensibles au fait que lors de votre deuxième mandat votre première et dernière visite aient eu lieu chez eux. Les Frères vietnamiens ont apprécié les deux visites personnelles que vous leur avez rendues.
Enfin tout en étant attentif à ce qui se vivait vous avez été respectueux de l'autonomie des régions en leur laissant l'espace de liberté nécessaire pour que chacune puisse répondre à sa façon aux défis qui sont les siens.

Pour terminer je voudrais mentionner un dernier mérite, peut-être plus sensible dans un pays comme la France où la gastronomie est élevée au rang d'un art. Ce mérite est celui de la patience devant nos rituels culinaires qui exigent du temps, le temps de la gourmandise et de la convivialité. Je reconnais que pour un enfant du pays qui a inventé le fast-food ce dut être une épreuve redoutable. Mais dans la foi on peut la considérer comme un entraînement au banquet éternel que, bien entendu, nous vous souhaitons de savourer le plus tard possible.
Bon retour et bon travail au pays natal, Frère John.
God bless you.


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