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L’inachevé

En éducation tout semble inachevé car pour exercer le « métier » d’enseignant, d’éducateur et de parent, il faut accepter les contingences, les incertitudes, le « terrain » mouvant consubstantiel à la jeunesse, les évolutions sociologiques et familiales soumises à la relativité ambiante et au jugement personnel, les multiples instructions officielles dont l’une chasse l’autre…

Cet « inachevé », nous venons encore de le vivre avec une intensité accrue face à la pandémie. Nos repères, si confortables, volent en éclat quand nous ne sommes plus maîtres ni du temps, ni de nos projets, ni de nos agendas.

Nous avons, cependant, fait preuve de résilience, d’inventivité, de disponibilité, d’ouverture pour emprunter de nouveaux chemins au travers desquels la relation demeure une attente unanime.

Sur ces chemins où nous rejoignons les jeunes, éducateurs, nous resterons encore les gardiens de la lumière jetant en permanence les bases du relèvement, attentifs aux marginalisés – devenus encore plus décrocheurs par ce contexte sanitaire – à l’école inclusive, à l’insertion professionnelle, aux écarts exacerbés par une différente choquante dans les milieux socio -économiques. Sans doute s’agira-t-il, – il y a peut-être urgence – de renouer, avec équité, avec l’avenir de notre société pour que chaque jeune s’en sorte dignement.

Nous entrons donc, peut-être malgré nous, dans une nouvelle vision des apprentissages pour une nouvelle école. C’est un beau défi que d’autres ont relevé avant nous, au fil de l’histoire, pour transformer les systèmes éducatifs.

Dans notre histoire française, on peut observer que les congrégations religieuses ont joué un rôle éminent dans l’éducation et l’instruction. Paradoxalement, leurs contradicteurs, sans vergogne, n’ont pas hésité à les imiter dans l’établissement de l’enseignement public. Soyons-en fiers car aujourd’hui encore, nous apprécions de retrouver la vigueur des sources fondatrices.

Nous savons que la Conduite des Écoles, initiée par Saint Jean-Baptiste de La Salle, au début du XVIIIème siècle, est le fruit d’un partage d’expériences entre les premiers frères. Ils étaient déjà dans cette dynamique de l’inachevé et nous le sommes toujours, dans notre réseau lasallien. Nous le sommes portés par les vecteurs qui ont conduit Monsieur de La Salle dans son projet : l’école fraternelle, la formation et la direction des maîtres, la mise au point, ensemble, des méthodes pédagogiques, la priorité aux enfants pauvres, la responsabilisation des enfants, le suivi de chacun, l’école en français… Tout cela, bien entendu, en vue de Dieu et au nom de l’Évangile dont les Frères avaient le texte en permanence dans les grandes poches de leurs soutanes.

Cette créativité se poursuit aujourd’hui et le site lasallien en donne les contours adaptés pour notre temps.

Ainsi, cette présente année scolaire sera jalonnée par quatre temps forts (voir encadré).


Le Chapitre Général des Frères (Chapitre : assemblée statutaire composée de Frères représentant leurs pairs) qui se déroulera en Thaïlande en mai prochain et qui rassemblera 100 Frères issus des 77 pays où la Congrégation est en mission.

Le Chapitre de notre Province de France et d’Europe francophone (France, Suisse, Belgique Sud et Grèce) regroupant 35 Frères et qui se réunira en 2 sessions (Noël et été).

L’AIMEL (Assemblée Internationale de la Mission Éducative Lasallienne) composée de Frères et de laïcs qui, en lien avec le Chapitre Général des Frères, définit notre mission pour les prochaines années.

L’AMEL (assemblée de notre Province de France et de l’Europe francophone) composée elle aussi de Frères et de laïcs, qui, tous les quatre ans, en lien avec le Chapitre des Frères, réfléchit aux orientations à définir pour l’avenir.

A première vue, tout ce déploiement pourrait donner l’image d’une lourde institution.

Il s’inscrit, depuis trois siècles, dans la tradition des Frères qui régulièrement se sont réunis pour harmoniser leur projet de vie et l’accorder à leur mission. Le partage heureux et fructueux de la mission avec de nombreux laïcs a rendu nécessaire la création d’Assemblées de la Mission.


Aussi de nouveaux projets germeront encore en 2022 et manifesteront notre désir de toujours mieux servir les jeunes et l’Évangile. De surcroît, face aux événements et à l’injure de cette pandémie, resterions-nous les bras confortablement croisés ?

Pour cela, nous avons besoin du soutien, de la compétence, de la fraternité et de l’amitié de tous. C’est cette harmonieuse vitalité qui construit notre famille lasallienne.

Peut-être avons-nous aussi besoin de sponsors ?

Ce sera Saint Joseph, Patron de la Congrégation des Frères, notre « homme d’affaires » au cours de cette présente année scolaire.

Frère Robert SCHIELER, Supérieur Général de la Congrégation des frères, a appelé la famille lasallienne à se joindre au peuple de Dieu pour célébrer l’Année dédiée à Saint Joseph.

Saint Joseph fut un homme discret mais non moins attentionné. Ceux qui conduisent d’importants négoces, projets ou opérations savent que l’ombre intègre est porteuse et efficace.

Saint Jean-Baptiste de La Salle écrivait d’ailleurs à ses premiers maîtres : « Vous êtes chargés d’un saint emploi aussi bien que Saint Joseph et qui, ayant beaucoup de rapport au sien, demande que votre vertu ne soit pas commune… vous devez avoir une si grande attention et affection à conserver l’innocence aux enfants dont vous avez la conduite et à éloigner d’eux tout ce qui peut nuire à leur éducation… .puisque vous êtes chargés de ces enfants de la part de Dieu comme Saint Joseph l’était du sauveur du monde ».

Le 18 mars 2015, en la veille de la Fête de Saint Joseph, le Pape François, déclinait sept qualités à l’endroit des pères de familles. Nous pouvons les adopter pour tout éducateur lasallien car elles trouvent leur écho dans les douze vertus lasalliennes du Bon Maître :

La sagesse avec « un cœur fier et ému ». La maturité : « je t’ai enseigné des choses, je t’ai fait sentir une affection profonde et en même temps discrète ». La proximité : « qu’il soit proche de ses enfants dans leur croissance, quand ils ont peur et qu’ils font un mauvais pas et qu’ils retrouvent la route ». La patience : « attendre avec douceur et miséricorde ». La magnanimité « quand les enfants reviennent après leurs échecs ». La fermeté : attendre et pardonner, corriger sans humilier (on retrouve, avec François, les propos mêmes de notre Fondateur). La foi source de « la grâce de Dieu ».

Saint Joseph, priez pour nous !

Frère Jean-René GENTRIC Visiteur Provincial


*Ce texte a été publié antérieurement dans le document : Lasalliens en France (2021-2022), de la Fondation La Salle de France (District de France et d’Europe francophone)  www.lasallefrance.fr

**Le 46ème Chapître général se tiendra à Rome.