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Dans son Message pour la Journée mondiale de la paix 2026, le Pape déplore la remilitarisation en cours, les campagnes diffusant une perception de menaces, « le blasphème » qui consiste à « justifier religieusement la lutte armée », mais malgré cette « spirale destructrice sans précédent », la paix n’est pas une utopie, assure-t-il. C’est une présence, « le Christ, notre paix ». Léon XIV encourage à « voir et croire en la lumière », pour permettre à sa chaleur de rayonner.

C’est une paix « désarmée et désarmante », une paix « humble et persévérante », celle que le Pape Léon XIV implore pour ce monde où, pour atteindre cette même paix, on fait la guerre ; où « on en vient à considérer comme une faute » le fait de ne pas se préparer suffisamment « à réagir aux attaques » et « à répondre aux violences ». Un monde où les dépenses militaires ont augmenté de 9,4% ; où les relations entre les peuples sont fondées sur la peur et la domination ; où l’on bénit le nationalisme et où l’on justifie « religieusement la violence et la lutte armée ».

L’importance de la communication est l’un des fils conducteurs du message dans lequel le Pape exhorte les croyants à rester vigilants « face à la tentative croissante de transformer même les pensées et les paroles en armes ». « Les grandes traditions spirituelles, tout comme l’usage correct de la raison, nous font aller au-delà des liens du sang ou de l’ethnie, au-delà de ces fraternités qui ne reconnaissent que ceux qui leur ressemblent et rejettent ceux qui sont différents », écrit le Pape. Tout cela ne va pas de soi aujourd’hui, à une époque où l’on a tendance à « entraîner les paroles de la foi dans le combat politique, à bénir le nationalisme et à justifier religieusement la violence et la lutte armée ».

La paix n’est pas une utopie

Parallèlement à l’action, le Pape demande de « cultiver la prière, la spiritualité, le dialogue œcuménique et interreligieux comme voies de paix et langages de rencontre entre les traditions et les cultures ». Grâce à « une créativité pastorale attentive et générative », il faut « montrer que la paix n’est pas une utopie ». En effet, « lorsque nous traitons la paix comme un idéal lointain », nous finissons par «ne pas considérer comme scandaleux qu’on puisse la nier et même faire la guerre pour atteindre la paix ».

De ce point de vue, la dimension politique est également importante. Le Pape interpelle ceux qui sont appelés à assumer des responsabilités publiques aux plus hauts niveaux et dans les instances les plus qualifiées « étudient à fond le problème d’un équilibre international vraiment humain, d’un équilibre à base de confiance réciproque, de loyauté dans la diplomatie, de fidélité dans l’observation des traités ». Le Pape invite à un examen approfondi et complet afin que se dégage le point à partir duquel se négocieraient des accords « amiables, durables et bénéfiques ».

On assiste même, poursuit Léon XIV, à un processus de déresponsabilisation des dirigeants politiques et militaires, en raison de la « délégation » croissante aux machines de décisions concernant la vie et la mort des êtres humains.

Le Pape estime qu’il convient de dénoncer « les énormes concentrations d’intérêts économiques et financiers privés qui poussent les États dans cette direction ; mais cela ne suffit pas si, dans le même temps, on ne favorise pas le réveil des consciences et de la pensée critique », souligne encore l’évêque de Rome. 

Ne pas détruire les ponts, insister sur le dialogue et l’écoute

Dans ce scénario, il ne faut toutefois pas oublier l’importance du dialogue, qui signifie ne pas détruire les « ponts » et ne pas insister « sur le registre du reproche », mais plutôt privilégier «la voie de l’écoute » et, dans la mesure du possible, « la rencontre avec les motivations des autres ». Cet enseignement est emprunté à saint Augustin, selon lequel « un véritable ami de la paix aime ceux qui ne l’aiment pas ».

Le Pape adresse enfin une pensée aux artisans de paix qui, « dans le drame de ce que le Pape François a défini comme la ‘troisième guerre mondiale par morceaux’, résistent encore à la contamination des ténèbres, comme des sentinelles dans la nuit ». « Ouvrons-nous à la paix ! », exhorte Léon XIV, « accueillons-la et reconnaissons-la, plutôt que de la considérer comme lointaine et impossible. Avant d’être un objectif, la paix est une présence et un chemin. Même si elle est contrariée à l’intérieur comme à l’extérieur de nous-mêmes, comme une petite flamme menacée par la tempête, gardons-la sans oublier les noms et les histoires de ceux qui en ont témoigné ».

Témoins et prophètes d’une paix désarmée

À la fin de son message, Léon XIV interpelle les chrétiens afin qu’ils se souviennent « des tragédies dont ils se sont trop souvent rendus complices » et qu’ils deviennent « des témoins prophétiques » de la paix du Christ ressuscité qui « est désarmée, car son combat était désarmé, dans des circonstances historiques, politiques et sociales précises ». Tous les chrétiens sont appelés à « agir avec miséricorde » et à prendre exemple sur ces frères et sœurs qui « ont su écouter la douleur des autres et se sont intérieurement libérés de l’illusion de la violence ».

« Unir nos efforts pour contribuer mutuellement à une paix désarmante, une paix qui naît de l’ouverture et de l’humilité évangélique », telle est l’invitation finale du message pour la Journée mondiale de la paix 2026.

* Article publié dans Vatican News. Par : Salvatore Cernuzio. Photographies : Vatican Media.