« Imaginons un Institut global, sans frontières (…), sans limitations géographiques, linguistiques ou culturelles, mais uni dans un seul cœur, un seul esprit, une seule âme ». C’est par cette invitation que le Frère Armin Luistro, Supérieur Général des Frères des Écoles Chrétiennes, a conclu son intervention lors des troisièmes Cluster Visit, qui se sont tenues à la Maison Généralice, à Rome, du 16 au 20 février, avec la participation de plus de 30 Frères et collaborateurs laïcs lasalliens exerçant des responsabilités de leadership dans différents Districts.
« Ce processus a réuni des Districts de tout l’Institut en trois groupes distincts, nous permettant de vivre la belle expérience du partage de la diversité des contextes et des réalités d’où nous venons, dans le but de relier la mission à tous les niveaux », explique le Frère Chris Patiño, Conseiller Général, en précisant que ces rencontres ont permis de « rassembler ces voix en groupes plus restreints, ce qui nous permet de mettre en lumière la richesse de notre Institut ainsi que ses défis, en reconnaissant que personne ne chemine seul ».
« Outres neuves »
En effet, ces visites — inspirées de la tradition des visites ad limina que les évêques catholiques effectuent périodiquement, en petits groupes, favorisant l’unité et la communion avec l’Évêque de Rome — constituent une opportunité pour « engager un dialogue fécond sur des questions clés, tant permanentes qu’émergentes, afin d’approfondir notre expérience de
1LaSalle », affirme le Frère Armin, en insistant sur l’importance de préparer « des outres neuves pour l’Institut », puisque « nous avons besoin de nouvelles structures organisationnelles capables de susciter un changement profond et de donner forme à notre chemin collectif vers l’avenir ».
Cette perspective suppose de reconnaître que « notre responsabilité de gouvernance ne peut se limiter uniquement à l’administration opérationnelle efficace des tâches confiées », car « l’expérience synodale d’une écoute profonde, d’un discernement communautaire et d’une action concertée » peut aujourd’hui nous aider à « élargir notre conscience et notre sensibilité face aux problèmes rencontrés par d’autres Districts, notamment à l’égard de défis qui peuvent d’abord sembler trop éloignés de notre propre expérience », affirme le Frère Supérieur Général. Il souligne que « pour dynamiser la mission lasallienne aujourd’hui, il est nécessaire de tirer parti de la dimension globale de l’Institut », puisque « chaque District apporte sa sagesse, son contexte et ses bonnes pratiques ».
Leadership synodal
« Un style de leadership synodal consiste à écouter, à favoriser la participation et à mettre en pratique ce que nous appelons le ‘discernement Ecclésial pour la mission’ », avait précisé Sœur Nathalie Becquart, XMCJ, Sous-secrétaire du Secrétariat Général du Synode, lors de son intervention durant la deuxième journée des Cluster Visit, en ajoutant qu’« il s’agit de laisser l’Esprit Saint être le véritable leader et de discerner nos décisions à travers cette écoute mutuelle et ces processus de discernement en commun ».
« C’est une manière d’exercer l’autorité où l’on ne décide pas seul, car nous nous enrichissons de perspectives différentes pour comprendre une situation — poursuit Sœur Nathalie — ; Il s’agit donc d’un leadership collaboratif, d’un leadership fondé sur le discernement et, nous pouvons le dire, d’un leadership de service ».
Selon le Frère Carlos Gómez, Vicaire Général, « dans un Institut qui assume la synodalité, le leadership se renouvelle et se repense ; il suppose un décentrement, un discernement communautaire et une coresponsabilité. Ainsi — souligne-t-il —, il écoute d’abord, prie avant de décider, inclut plutôt que d’exclure, et prête attention aux voix qui expriment un désaccord ou qui questionnent ». En effet, « bien souvent, la vérité se trouve aux marges et non dans les centres de pouvoir ; elle n’est pas non plus le monopole des savants, des anciens, ni de ceux qui détiennent le pouvoir ».
Espérance active
Au-delà du leadership et de la synodalité, le Frère Carlos évoque l’espérance, « cette vertu parfois insaisissable qui doit devenir guide, moteur et source d’inspiration de notre mission ». « L’espérance est une force indomptable de l’Esprit qui nous pousse à vivre le projet de Dieu et le don généreux de la vocation à laquelle Dieu nous appelle », précise le Vicaire Général, en ajoutant qu’« elle implique engagement, sérénité, regard profond, capacité de transmettre la vie, de guérir la douleur, de rêver des horizons et de cheminer avec d’autres, de nous demander à nouveau qui nous sommes et pour quoi nous nous sommes consacrés, quelles sont nos motivations, quels sont les moteurs de notre vie. Il s’agit donc d’une espérance active et non d’un optimisme naïf ».
Artisans d’un Institut qui se construit « de l’intérieur, par le bas, dans la proximité », au-delà des frontières, à travers des dynamiques participatives et inclusives, l’expérience des Cluster Visit ouvre de nouveaux horizons de gouvernance fondés sur l’espérance, le leadership et la synodalité, où « chacun a quelque chose à apprendre et quelque chose à enseigner ». Car la synodalité est une manière « d’être Église » et aussi une manière « d’être Institut », qui suppose décentrement, discernement communautaire et coresponsabilité, en générant des processus de transformation dans les Districts et les Régions, avec la conviction que nous sommes 1LaSalle : « un seul cœur, un seul esprit, une seule âme », comme l’a affirmé le Frère Armin.
« Je crois que nous voyons réellement émerger de nouvelles manières de fonctionner, de nouvelles façons de nous comprendre les uns les autres et de soutenir la mission dans le monde entier », a assuré Tom Southard, Directeur Exécutif de RELAN, en dressant le bilan de la rencontre. Pour sa part, le Frère Moses Abunya, Visiteur auxiliaire du District de Lwanga, est convaincu qu’il est urgent de promouvoir un « discernement mutuel » pour cheminer ensemble, « car personne n’est dépositaire du savoir et de la sagesse à lui seul ». Cela implique également, selon le Frère Olavo Dalvit, Visiteur du District Brésil-Chili, d’assumer de nouveaux engagements dans l’association des Frères et des laïcs pour la mission, en abordant la question de la formation, où « les Districts, dans chaque communauté et comme Institut » doivent « poser des actes encore plus concrets ». Par conséquent, il ne faut pas perdre de vue « notre identité de Frères et notre rôle en ce moment historique », conclut le Frère Olavo, en rappelant que « nous sommes Frères pour le monde, comme le rappelle souvent le Frère Armin ».

